Gourme : quels chevaux présentent un risque accru et comment adapter leur prévention ?
La question n'est pas de savoir si tous les chevaux doivent être vaccinés mais lesquels présentent un risque suffisant pour en bénéficier.
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Lucy METCALFE
Responsable marketing de la catégorie équine

Un cheval de sport de cinq ans retourne dans son écurie après une compétition. Quelques jours plus tard, plusieurs chevaux hébergés au même endroit présentent une légère fièvre et des ganglions gonflés sous l'auge, mais non abcédés comme c'est souvent le cas dans la présentation classique de la gourme. Lorsque l'infection à Streptococcus equi est confirmée, six chevaux répartis sur deux sites sont touchés. Outre les conséquences pour leur bien-être, l'écurie doit faire face à plusieurs semaines de restrictions de déplacement.
Peu de vétérinaires équins jugeraient la gourme difficile à diagnostiquer une fois les signes cliniques installés. Le véritable défi consiste à évaluer le risque : repérer les possibilités d'exposition avant l'apparition de la maladie, identifier les chevaux et les établissements les plus susceptibles de contribuer à sa propagation, et aider les propriétaires à prendre des décisions éclairées avant que leur activité ne soit perturbée. Cette distinction compte car tous les chevaux ne présentent pas le même risque d'exposition à la gourme.
Une vision incomplète du risque
Le mode de transmission de la gourme complique l'évaluation du risque. Une récente surveillance génomique menée au Royaume-Uni a montré que les infections actives - y compris chez des chevaux récemment infectés ou guéris qui semblent en bonne santé - jouent un rôle plus important dans la transmission que les porteurs chroniques, longtemps considérés comme les principaux responsables.
Certains chevaux hébergent encore S. equi quatre semaines après la disparition des signes cliniques. C'est à ce stade qu'un dépistage après infection est recommandé pour confirmer qu'ils ne sont plus contagieux1. L'épidémiologie des foyers laisse également penser que la gourme est largement sous-détectée par rapport à son incidence réelle : sur des périodes de surveillance comparables, les foyers déclarés seraient environ dix fois plus nombreux que ceux de grippe équine2.
Pour les vétérinaires, la question n'est donc pas tant de savoir si la gourme reste une maladie persistante et préoccupante - les données indiquent que c'est le cas - que de déterminer si tous les chevaux appellent la même discussion. Il s'agit aussi de reconnaître les situations dans lesquelles un échange précoce permettrait de mieux gérer le risque et de préparer une éventuelle réponse.
La situation en France
En France, les données du Respe montrent que la gourme demeure un enjeu sanitaire actuel. Le réseau national de surveillance des maladies équines a enregistré 139 alertes de gourme en 2025, contre 79 en 2024, et continue de signaler des cas dans de nombreux départements français tout au long de l'année 2026. Cela inclut des foyers touchant des établissements hébergeant plusieurs chevaux.
Le Respe décrit la gourme comme une préoccupation persistante, susceptible de se propager silencieusement entre les cas confirmés3. Cette circulation continue est particulièrement importante dans un pays qui compte une vaste population de chevaux de loisir ainsi que d'importants secteurs de sport équestre et de courses. Les déplacements, les regroupements et les situations d'exposition y varient et créent différents niveaux de risque que les praticiens doivent évaluer.
Les études de marché suggèrent également un manque de sensibilisation des propriétaires français : beaucoup déclarent n'avoir jamais entendu parler de la gourme avant qu'on les interroge à ce sujet, tandis que certains la considèrent comme une maladie bénigne ou moins grave que la grippe4. Pourtant, elle peut entraîner des abcès douloureux et, dans certains cas, une mortalité pouvant atteindre 10 %5.
Ce décalage plaide en faveur de conseils vétérinaires proactifs et adaptés au risque, d'autant que les propriétaires français décrivent régulièrement les vétérinaires comme des conseillers de confiance en matière de santé et se disent réceptifs à leurs recommandations6.
Le coût d'une sous-estimation
Lorsqu'un foyer de gourme survient, ses conséquences dépassent la prise en charge clinique immédiate : elles touchent aussi le bien-être des chevaux, le fonctionnement de l'établissement et ses finances. Pour un seul cas compliqué nécessitant une endoscopie des poches gutturales, un lavage, une hospitalisation et une intervention chirurgicale, les frais directs de traitement peuvent atteindre environ 2 411 euros7.
À l'échelle d'une écurie touchée, les coûts changent de dimension : des données suédoises les ont estimés à environ 112 000 euros par établissement, dans les cas les plus coûteux8. Ce montant est cohérent avec des rapports britanniques faisant état de dépenses supérieures à 120 000 euros pour éliminer un foyer de grande ampleur9. Ces coûts comprennent les soins vétérinaires, mais aussi les restrictions prolongées de déplacement, les engagements en compétition annulés et la perte de revenus liés à la pension, parfois pendant plusieurs mois.
La morbidité et la mortalité ne doivent pas être minimisées. Selon certaines données relatives aux foyers, la létalité peut atteindre 10 %10.
Dans la cohorte suédoise mentionnée plus haut, 6 % des chevaux infectés ont été euthanasiés, et un établissement touché sur six a connu au moins un cas mortel11. Ces conséquences ont un coût pour le bien-être animal et la relation avec les clients, plus difficile à chiffrer mais potentiellement plus lourd que les seules charges financières et pratiques. Elles rappellent aussi l'importance d'une identification précoce du risque.
Revoir des idées bien ancrées
Plusieurs idées reçues sur la gourme méritent d'être réexaminées dans la pratique équine actuelle, y compris en dehors des situations de foyer.
Les données indiquent que la gourme ne touche pas exclusivement, ni même principalement, les jeunes chevaux. Une surveillance britannique portant sur plus de 2 100 cas confirmés entre 2015 et 2026 a relevé des âges allant de deux semaines à 40 ans, avec un âge médian de sept ans12. L'âge ne devrait donc pas, à lui seul, déterminer le niveau de risque perçu.
Une infection antérieure ne devrait pas non plus être considérée comme une garantie de protection : selon les estimations, l'immunité durerait six mois chez environ 75 % des chevaux guéris13.
Enfin, certaines réserves concernant la vaccination peuvent être liées à l'expérience acquise avec des vaccins contre la gourme de générations antérieures. Les vaccins sous-unitaires recombinants reposent toutefois sur une autre approche : ils contiennent des protéines sélectionnées de S. equi, plutôt que des bactéries vivantes, et ont été développés pour permettre de différencier les animaux infectés des animaux vaccinés, selon le principe DIVA.
Leur place dans une stratégie globale de gestion de la gourme fondée sur le risque devrait donc être évaluée à la lumière des données actuelles.
Appliquer une démarche fondée sur le risque
La question n'est donc pas de savoir si tous les chevaux doivent être vaccinés, mais lesquels sont suffisamment exposés pour pouvoir en bénéficier. Cela suppose une évaluation plus systématique : repérer les chevaux qui voyagent, participent à des compétitions ou sont fréquemment en contact avec d'autres ; les établissements qui accueillent régulièrement de nouveaux arrivants ; et les régions où la circulation de la gourme est connue. De même, lorsqu'un foyer apparaît, les chevaux susceptibles d'avoir été exposés doivent être évalués rapidement dans le cadre d'une réponse sanitaire plus large.
En pratique, le risque de gourme peut être abordé lors des échanges habituels sur les déplacements, les compétitions, l'arrivée de nouveaux chevaux, le partage d'installations, les contacts entre chevaux et la préparation à un éventuel foyer, plutôt que de réserver la discussion sur la vaccination aux seuls cas confirmés.
Les conversations engagées à l'initiative des propriétaires restent l'exception plutôt que la règle. Seul environ un propriétaire de cheval français sur dix a discuté de la vaccination contre la gourme avec son vétérinaire14, alors que la gourme figure parmi les maladies équines les plus redoutées par les propriétaires15.
Par ailleurs, 74 % des propriétaires français déclarent qu'une recommandation vétérinaire influencerait leur décision de vacciner16. Ces données montrent que les praticiens ont la possibilité d'engager plus tôt avec les propriétaires une discussion adaptée au risque, avant qu'un foyer ne les oblige à réagir dans l'urgence.
Les observations faites lors de foyers montrent aussi que le moment de la vaccination compte, y compris au-delà de son utilisation préventive.
Lors d'un foyer en Suède, aucun des 17 chevaux vaccinés n'a présenté de signes cliniques après exposition. Dans une autre écurie où seule une partie des chevaux était vaccinée, des signes cliniques ont été observés chez environ 10 % des chevaux vaccinés, contre environ 74 % des chevaux non vaccinés17. De tels résultats étayent la prise en compte de la vaccination dans la réponse à un foyer actif, en plus de son utilisation chez les populations exposées mais encore indemnes.
En complément de l'isolement et des mesures de biosécurité, la vaccination trouve une place croissante dans une lutte contre la gourme adaptée au niveau de risque. Elle peut notamment être pertinente pour les chevaux dont le mode de vie, les conditions d'hébergement ou l'environnement augmentent l'exposition. ■
Références
1 McGlennon, A. A. et al. (2025). Unwelcome neighbours: Tracking the transmission of Streptococcus equi in the United Kingdom horse population.
2 Rendle, D. et al. (2026). Ending the nightmare of strangles: a 2026 European perspective on the role of vaccination.
3 « Gourme équine : une maladie toujours d'actualité ? » - RESPE.
4 Étude Kadence International sur la gourme équine, février 2026.
5 Boyle et al. J Vet Intern Med. 2018 ; 32 : 633-647.
6 Étude Kadence International sur la gourme équine, février 2026.
7 Rask E. et al. Animals (Basel). 2025 ; 15(24) : 3584. / Gröndahl G. et al. Equine Vet J. 2026 ; 58 : 476-485.
8 Lakic et al. (2024), cité dans Rendle, D. et al. (2026), Ending the nightmare of strangles: a 2026 European perspective on the role of vaccination.
9 Rendle, D. et al. (2026). Ending the nightmare of strangles: a 2026 European perspective on the role of vaccination.
10 Duffee et al. (2015) ; Boyle et al. (2018), cités dans Rendle, D. et al. (2026), Ending the nightmare of strangles: a 2026 European perspective on the role of vaccination.
11 Lakic et al. (2024), cités dans Rendle, D. et al. (2026), Ending the nightmare of strangles: a 2026 European perspective on the role of vaccination.
12 McGlennon, données non publiées, citées dans Rendle, D. et al. (2026), Ending the nightmare of strangles: a 2026 European perspective on the role of vaccination.
13 Hamlen et al. (1994) ; Boyle et al. (2018), cités dans Rendle, D. et al. (2026), Ending the nightmare of strangles: a 2026 European perspective on the role of vaccination.
14 Étude Kadence International sur la gourme équine, février 2026.
15 Enquête menée au Royaume-Uni auprès de 230 propriétaires de chevaux à l'occasion de la Semaine de sensibilisation à la gourme, 2025.
16 Enquête Hippolia menée en France auprès de 145 propriétaires de chevaux, 2026.
17 Gröndahl et al., cités dans Rendle, D. et al. (2024), Strangles vaccination: a current European perspective.





